Interview Julien Baudry
N.V. : Monsieur Baudry, vous êtes responsable des ressources humaines chez Alliance Océane, à Carentan, dans la Manche. Pouvez-vous nous présenter votre société ?
…l’activité de l’entreprise
Alliance Océane fabrique des produits élaborés à base de produits de la mer, sur 2 sites, Carentan dans la Manche pour les bâtonnets de surimi, et Verson dans le Calvados pour les steaks et rillettes de la mer.
…les marques, les clients
Nous travaillons sous nos marques Coraya, Cap océan, Scandinavian et sous Marques de Distributeurs MDD.
Nous avons 3 grands types de clients : la grande distribution (Leclerc, Carrefour, Auchan…), la Restauration Hors Foyer RHF et le « food service » (industriels).
…son histoire et ses valeurs
Alliance Océane appartient au Groupe Bongrain, 20 000 personnes dans le monde, dont le fromage représente 80% de l’activité (Caprice des Dieux, Cœur de Lion…), les 20% restants étant donc consacrés aux produits de la mer mais aussi à la charcuterie (Bordeaux Chesnel…) et au chocolat (Révillon, Valrhona…).
Le groupe possède des valeurs fortes : le développement des hommes (compétences, formation…), la qualité des produits fabriqués et la sécurité des consommateurs et des collaborateurs.
…l’emploi chez Alliance Océane en quelques chiffres
Effectif salarié : 350 personnes sur le site de Carentan, 104 sur le site de Verson
Âge moyen : 36 ans, donc jeune !
Proportion de femmes : 50% : la parité est respectée !
Contrats : près de 100% de CDI + jusqu’à 100-150 intérimaires en saison de juin à août
N.V. : Parlons métiers… Quelle sont vos spécificités ?
Il y a bien sûr tous les métiers d’une PME agroalimentaire de 500 salariés : fonctions production, maintenance, qualité, recherche et développement, commercialisation et marketing, achat et logistique, administratif… et des métiers plus spécifiques à notre activité :
Les conducteurs d’ensemble de machines, ou conducteurs de ligne :
Ils sont responsables d’une ou plusieurs machine(s) et animent souvent une ou deux personnes. Leurs missions sont :
* gérer les paramètres tels que température, pression, vitesse, etc.,
* gérer les approvisionnements matière,
* s’assurer de la conformité (aux référentiels) des produits fabriqués,
* effectuer des interventions de maintenance de niveau II,
* animer une ou deux personnes sur la ligne.
Au niveau des machines, il y a les classiques de l’agroalimentaire et d’autres spécifiques à la fabrication du surimi. Au conditionnement, nous avons des ensacheuses, tapis de détection de métaux, trieuses pondérales, robots de mise en barquettes… A la fabrication, on a des tambours, machines à couper les bâtonnets, machines à mettre sous film…
Profils recherchés : niveau Bac/Bac Pro Agroalimentaire ou MSMA (Maintenance des Systèmes Mécaniques Automatisés).
Les cutteristes :
Ce sont nos « cuisiniers ». Ils interviennent au niveau des recettes du surimi et sont garants de leur bonne réalisation.
Il existe des dizaines de recettes en fonction du cahier des charges et du prix demandé par le client. Toute la difficulté est de concilier le prix et la qualité. Selon qu’il s’agit d’un produit 1er prix, MDD ou de grande marque, l’essence de poisson utilisée pourra être différente et donc la couleur (plus ou moins blanc) ou encore le taux de protéines également.
Profils recherchés : personnes issues des métiers de bouche (BEP/Bac Pro charcutier ou boulanger-pâtissier).
N.V. : Quelles perspectives de carrière offre votre entreprise ?
Il y a de bonnes perspectives de carrière en interne. Par exemple, un conducteur de ligne peut devenir chef d’équipe, voire plus, au bout de 7-10 ans.
N.V. : Constatez-vous une évolution de vos métiers ?
Il y a quelques années, les machines étaient plus simples, il y avait donc moins de paramètres à surveiller et plus de travaux de manutention. Aujourd’hui, l’automatisation rend le poste de conducteur de ligne plus complexe - donc plus intéressant – et avec plus d’autonomie. On demande au conducteur de s’approprier entièrement la machine.
N.V. : Embauchez-vous ? Avez-vous des difficultés pour recruter ?
La marque Coraya, l’appartenance au groupe Bongrain, nous confèrent une notoriété qui est un gros avantage en terme d’attractivité.
Pour les difficultés, elles sont communes au secteur agroalimentaire et concernent le recrutement des personnels de production qualifiés comme conducteur d’ensemble ou chef d’équipe. Sur ces profils, nous embauchons surtout dans notre bassin d’emploi (la mobilité est faible) : en intérim, nous retrouvons donc les mêmes personnes qui tournent sur 3-4 entreprises agroalimentaires locales (80% des intérimaires sont des conducteurs d’ensemble).
N.V. : Quels sont, chez vous, les bons côtés de l’emploi ?
* des postes avec beaucoup d’autonomie,
* des emplois qui se rapportent à quelque chose de concret (la fabrication d’aliments),
* une usine relativement récente donc comportant des installations très automatisées (pilotage de robots),
* une organisation du travail issue du modèle japonais (la technologie du surimi est importée du Japon) : concepts tels que « 5S », « SMED », « amélioration continue »,
* les 2×8 : beaucoup apprécient pour leur organisation personnelle d’être libérés le matin ou l’après-midi,
* les 35h : des horaires fixes.
N.V. : Les moins bons côtés de l’emploi ?
* en contrepartie des points positifs évoqués ci-dessus, l’univers de la production agroalimentaire impose le port d’une tenue d’hygiène, des températures basses, des machines parfois bruyantes…
N.V. : En conclusion, comment intégrer vos emplois de production ?
Alliance Océane recrute des Bac, Bac Pro, Brevet professionnel, et dispense des formations en interne. Des expériences préalables dans le secteur agroalimentaire (via les stages ou l’apprentissage) sont toujours appréciées.
Pour travailler chez nous, il faut bien sûr aimer la nourriture et le contact avec le produit, et aussi avoir envie d’évoluer, vouloir apprendre. Le jeune qui est prêt à s’investir dans la production agroalimentaire a un bon avenir assuré.
Il est à noter qu’en cette période de crise, l’agroalimentaire est moins impacté que d’autres secteurs d’activité et embauche encore.

